Par Tristan Malavoy
Ambassadeur culturel – Saint-Denis-de-Brompton
Chaque année s’ouvre, entre la chute des feuilles et les premières neiges, une période singulière, une saison d’entre-deux où les paysages extérieurs se reflètent à l’intérieur de soi. Temps du dénuement, des petites morts. De tout ce qui expire et se referme pour qu’autre chose puisse s’ouvrir. À commencer par le regard : c’est au fil de l’automne qu’une forêt s’éclaire et livre un à un ses secrets, laissant voir ce qui jusque-là échappait à nos yeux. Le relief, les terriers, la faune qui se profile derrière un rideau d’arbres nus. Nous sommes particulièrement bien placés pour le savoir, ici à Saint-Denis, où chacune et chacun vit pour ainsi dire à la lisière des bois.
Les dernières semaines du calendrier ont le même effet sur le regard intérieur. Ce qui s’est accumulé durant l’année, les joies comme les renoncements, les renaissances comme la mort de gens aimés : tout revient, remonte, se donne à voir dans une perspective nouvelle. On mesure mieux ce que les mois précédents nous ont donné, ce qu’ils nous ont repris, aussi. D’ailleurs on dit souvent que dans un processus de deuil, le premier Noël est particulièrement chargé en émotion. La terre se fige, le temps s’étire, et dans les réjouissances familiales, sous les ampoules multicolores qu’on a suspendues pour déjouer la froide obscurité des nuits d’hiver, l’absence insiste, le vide se creuse.
Décembre est fait de deux mouvements contradictoires, qu’il faut embrasser sans distinction : le constat de ce qui n’est plus et l’ouverture à ce qui vient. Ça me fait penser à une chanson du si émouvant duo Hauterive, qui nous a rendu visite à la mi-novembre à l’occasion d’un spectacle dédié aux bénévoles et à celles et ceux qui font vivre la culture à Saint-Denis-de-Brompton. Dans Le temps d’avance, Mara Tremblay et Catherine Durand chantent des mots qui résonnent comme une invitation :
Y a les glaces qui taisent les voix
Les courants qui les transportent
Comme un cœur que l’on porte
Attaché aux ficelles
De nos deux corps parallèles
J’attends le redoux
Sous un ciel flou
J’ai le temps d’avance
J’ai la tête qui gronde
La peur qui tombe
J’ai le temps d’avance
J’espère te revoir
Le vœu qui part
J’ai le temps d’attendre
Encore quelques mois
Souhaitons nous des mois d’hiver à faire tomber les peurs, à apprivoiser l’attente et à voir loin, à l’intérieur de soi comme alentour.