Le Saint-Denisien

Requiem pour l’auto électrique

Par Monsieur Mots

, 5 avril 2025

J’ai connu celle-ci en 1968. Entre l’invention de la Matchbox et la Hotwheels. Rapide, mais fragile, entretien régulier nécessaire, piste de course fixe et fastidieuse à assembler; on se blasait vite de faire des 8 ou de la remettre sur le sillon. Pourtant, elle avait occasionné bien des sacrifices à mes parents. Mais la Hotwheels! L’innovation du siècle: grâce à ces essieux à peu de friction, elle allait où nous voulions d’une simple poussée du doigt. Elle envoyait l’indestructible Matchbox aux oubliettes. Pas de pile ou de transformateur requis, son trajet n’avait d’égal que les limites de notre imagination. Elle se glissait aisément dans notre poche et à l’école, la nouvelle était l’héroïne des récréations. Nos proches pouvaient nous en procurer sans se ruiner.

Les années sont passées, j’ai laissé celles-ci pour le vélo. Et comme quiconque, un jour, j’ai acheté ma première voiture à combustion. Une série de véhicules suivirent, toujours plus dispendieux. Dans notre monde de consommation, rares sont les produits dont le prix s’accroit année après année. Je ne songe pas à notre panier d’épicerie. Vous vous souvenez de votre première calculatrice ou première ampoule LED? Le coût de l’automobile n’a cessé de se majorer en raison de l’addition sans fi n de gadgets électroniques, souvent inutiles. Bien sûr, l’augmentation des salaires des ouvriers joue un rôle, mais que penser de ceux des chefs d’entreprise.

Le tarif moyen d’un véhicule à combustion est de 50 000$. Pouvait-on faire mieux? Oh que si! Commerçons l’environnement, ajoutons le signe vert sur notre carrosserie. Profi tons de la largesse des gouvernements et de ses subventions. Stimulons le consommateur encore étourdi par la COVID. Sans description claire de son impact écologique (énergie nécessaire pour sa construction et sa recharge [on parle de créer des centrales au gaz naturel, nucléaire, au charbon, éolien ou solaire]), de son comportement au froid, de son recyclage, de l’impératif de trouver de nouvelles sources de métaux rares (mines souvent polluantes), sans information sur son prix de revente ni sur celui de ces réparations; ils ont réussi à nous offrir ces voitures à plus de 70 000$. Alors que la masse populaire devait y avoir accès pour diminuer les changements climatiques, c’est la classe supérieure qui eut la possibilité de s’en procurer.

Le bon sens demandait de petits véhicules, légers et moins énergivores. La mode a eu raison de la logique. Le poids moyen de ce récent mode de transport dépasse largement celui des anciens prototypes à essence.

Et que dire de sa technologie? Vous vous souvenez du VHS et du Beta, de la cassette 8 pistes, du 33 tours et du disque compact ? L’ingénierie de sa batterie ne cesse d’évoluer et rapidement : lithium liquide, puis solide, au sodium ou peut-être à l’hydrogène. Qui gagnera? Qui finira à la casse?

Nos amis chinois réussissent à construire des véhicules tout aussi perfectionnés pour moins de $ 25 000 US. Certains modèles sont off erts à $ 10 000 US. Pourquoi ne pas les introduire sur notre marché comme l’ont fait tout l’Amérique du Sud et le Mexique ? Perte d’emplois, fermeture d’usine, risque d’espionnage et surtout : ne froissons pas nos vétustes alliés. Trumper fait mal. La solution: imposons des tarifs de 100% aux bagnoles électriques chinoises. Épargnons notre mode de vie, le vert attendra. Les changements climatiques n’existent pas. Après nous : le déluge.

Le bout du boute: les grands constructeurs abandonnent les petites voitures à combustions (Honda Fit, Nissan Micra, Toyota Yaris). L’état de nos routes justifie de se promener en tank. Pourquoi faire quelques sous lorsqu’on peut faire plus? La marge de profit est beaucoup plus importante pour les VUS.

Demeurant près de la 222, je suis sidéré de voir le nombre d’autos avec un seul occupant faire l’aller-retour d’une usine de produits récréatifs chaque jour. Pensez aux tonnes de carbone dégagées. Où sont notre rationalité, notre responsabilité et notre conscience civiles? Soutenons plus vigoureusement les efforts de covoiturage. La guerre commerciale que l’on subira aura peut-être raison, malheureusement, de ce va-et-vient continu. J’aurais aimé apercevoir plus d’autobus Léon sur ce trajet, même si la compagnie n’est plus : au moins, aurions-nous eu le courage de nos aspirations. Pensées pour les petits investisseurs floués de la mine avortée de Nemaska Lithium et du fabricant de motoneiges électriques Taïga.

Était-elle le fruit d’une folie collective, d’une mode, favorisant la consommation? Rouler pour se faire rouler; une odeur de musk, me direz-vous. Ses ventes ont reculé de 50 à 59 % en Europe. Disparaitra-t-elle?

Sans prix raisonnable pour me la procurer, je déménagerai près de mon emploi pour aller travailler à pied ou à bicyclette, utiliserai le transport en commun ou emprunterai une Mitsubishi Mirage (on met aussi fi n à sa construction) lors de nécessité. En dernier essor, un hybride ou une Fiat 500e me permettra de produire moins de carbone. Après tout, c’était bien ça l’idée au départ : polluer moins et non dépenser plus. La crème du gâteau mangée, les subventions terminées, on nous indique que des modèles moins coûteux arriveront sous peu. À défaut d’un requiem, je prierai pour leur absolution. Ainsi sont-ils.