Le Saint-Denisien

La marche

Par Monsieur Mots

, 3 mai 2025

Peu de quadrupèdes possèdent la capacité de se tenir debout. Des millions d’années ont été nécessaires à notre évolution pour nous permettre une démarche fluide.

Rien de plus beau que de voir un enfant faire ses premiers pas : processus complexe de maturation et d’intégration afin de trouver son équilibre. Non sans douleur, la station debout est une posture dangereuse. Chutes, entorses, commotions, éraflures sont prévisibles, mais position combien convoitée : déplacement plus rapide, découverte du monde et de la liberté. La perte du permis de conduire, qui arrivent à tous ceux ayant la chance de vivre vieux, n’est rien de comparable à la privation de marcher.

La balade est une activité gratuite, non taxée, non tarifée, libre, pouvant se pratiquer seule ou en équipe. Et si on refuse de se changer en panneau publicitaire en portant des vêtements et accessoires de marques prestigieuses, elle est peu dispendieuse à réaliser. Elle possède l’aptitude d’augmenter nos endorphines : ces hormones anti-douleur, responsables de la sensation de bien-être ressentie lors d’activités physiques. Marcher régulièrement diminue l’inflammation, améliore la gestion des lipides et la glycémie, diminue notre tension artérielle et aide à maintenir un poids santé; réduisant ainsi notre risque cardiovasculaire. On mentionne que 20 à 30 minutes, 5 à 7 fois par semaine est suffisant pour voir tous ces bienfaits. A walk a day keep the doctor away, dit-on.

Une fois intégrée dans nos habitudes, il devient très facile de trouver l’occasion pour s’y prêter sans dépenser et souvent même en épargnant. Rechercher un stationnement gratuit un peu loin du travail ou de l’épicerie est facile. Utiliser nos pieds ne produit pas de carbone, économise le carburant et allonge la durée de vie de notre véhicule, sans parler de la notre.

Une autre grande qualité de cette activité demeure sa capacité à améliorer notre pensée : celle-ci devient plus élaborée, capable de réaliser des synthèses et conclusions qui nous échappaient. Je les nomme mes « pensées cristallines ». Elles sont particulièrement présentent la première heure des randonnées matinales. Plusieurs philosophes connaissaient bien ce phénomène et étaient des marcheurs chevronnés. Je pense à Rousseau, Kant, Socrate et Nietzsche. Ce dernier mentionnait que seules les pensées réalisées lors d’une marche valaient quelque chose.

Mais il y a plus ; en savourant un paysage, après quelques efforts, survient souvent une impression de félicité, un sentiment unique d’accomplissement de soi. Notre conscience s’ouvre à quelque chose de plus grand que nous, sans la spolier, la transformer ou l’exploiter. Nous réalisons que nous faisons partie intégrale de la nature, sans comprendre sa complexité, son immensité et ses lois. Savoir le pourquoi, le comment et la finalité ne sont plus essentiels; notre intégration à celle-ci : plus que jamais. Activité proche de la méditation, elle permet de comprendre le panthéisme (culte de la nature divinisée) de Spinoza, sans en être disciple, et de concevoir pourquoi la canette vide abandonnée sur le sentier dérange tant.

En bref, pour vivre vieux, en santé et heureux : marchons ! C’est gratuit et beaucoup mieux que les bombes.

Et, profitons de toutes occasions pour encourager nos municipalités à créer des sentiers pédestres. Leurs citoyens en seront reconnaissants.